Au 1er janvier 2026, la Belgique comptait 13 439 détenus. Les détenus étrangers en Belgique représentent 6 100 d’entre eux, soit 45 % de la population carcérale totale. Un chiffre stable depuis plusieurs années, révélé par la ministre de la Justice elle-même en réponse à une question parlementaire.
Ce que disent les chiffres officiels
Sur les 6 100 détenus étrangers en Belgique, une partie importante n’a même pas de titre de séjour valide : 4 198 personnes, soit 31 % de l’ensemble de la population carcérale du pays, se trouvaient en situation irrégulière au moment de leur incarcération. Le Maroc, l’Algérie, les Pays-Bas, la Roumanie et l’Albanie figurent parmi les nationalités étrangères les plus représentées, sans que la ministre Annelies Verlinden n’ait communiqué de classement précis entre ces pays, rapporte RTBF.
L’explication de la criminologue Sonja Snacken
Interrogée sur ces chiffres, la criminologue Sonja Snacken avance une explication qui s’éloigne de la question du nombre d’infractions commises : selon elle, la forte présence de détenus étrangers en Belgique ne signifie pas nécessairement qu’ils commettent davantage de délits. Elle l’attribue plutôt aux modalités d’exécution des peines. Une personne sans titre de séjour ou sans adresse stable risque davantage d’être placée en détention provisoire avant même son procès. Une fois condamnée, elle dispose aussi de moins de possibilités pour purger sa peine hors des murs de la prison, faute de pouvoir justifier d’un domicile fixe ou remplir les conditions d’un bracelet électronique.
Selon la criminologue, ce n’est donc pas le passage à l’acte qui expliquerait la surreprésentation des détenus étrangers en Belgique, mais l’accès inégal aux alternatives à l’incarcération.
Une explication qui ne dit pas tout
L’explication de Sonja Snacken porte sur un mécanisme réel du système judiciaire belge : les conditions d’accès à la détention provisoire ou aux aménagements de peine dépendent bien de la stabilité administrative d’une personne, indépendamment de sa nationalité. Mais cette lecture n’épuise pas la question posée par le chiffre lui-même. Elle explique pourquoi un étranger condamné a statistiquement moins de chances de sortir de prison qu’un Belge condamné pour les mêmes faits, elle n’explique pas pourquoi 31 % de la population carcérale se trouve, au départ, en situation irrégulière sur le sol belge.
C’est précisément ce chiffre qui a poussé la ministre de la Justice à annoncer vouloir accélérer les transferts de détenus étrangers, notamment marocains, vers leur pays d’origine, afin de résorber la surpopulation carcérale que connaît la Belgique.
Une surpopulation carcérale déjà critique
Ce débat sur les détenus étrangers en Belgique s’inscrit dans un contexte plus large de surpopulation carcérale chronique. Les prisons belges fonctionnent depuis plusieurs années bien au-delà de leur capacité officielle, une situation que RTBF documentait déjà, pointant l’absence de solutions structurelles durables malgré les alertes répétées des syndicats pénitentiaires et des associations de défense des droits des détenus. Dans ce contexte de saturation, chaque catégorie de détenus, y compris les 4 198 personnes en situation irrégulière, pèse directement sur des établissements déjà à bout de souffle.
C’est dans cette logique de gestion de la surpopulation, davantage que dans une réponse strictement sécuritaire, que s’inscrit l’annonce de la ministre Verlinden de vouloir accélérer les transferts de détenus étrangers vers leur pays d’origine. Reste que cette annonce ne résout pas la question de fond : que ce soit la détention provisoire plus fréquente évoquée par Sonja Snacken, ou l’accélération des expulsions annoncée par la ministre, les deux réponses traitent les conséquences du phénomène sans s’attaquer à ce qui alimente, année après année, la présence de personnes en situation irrégulière jusque dans les prisons du pays.
Un débat qui dépasse les frontières belges
La question de la part des détenus étrangers en Belgique et des mécanismes qui la sous-tendent n’est pas propre à ce pays. La France connaît un débat similaire sur la part des personnes sous OQTF non exécutée dans les affaires judiciaires les plus graves, où la question de la stabilité administrative des personnes mises en cause revient régulièrement, y compris dans d’autres dossiers où l’arbitrage entre moyens disponibles et réalité du terrain fait polémique.
Reste que la publication de ces chiffres officiels, assortie d’une explication qui déplace le débat du fond vers la procédure, ne manquera pas de nourrir la controverse sur la place réelle de la nationalité et du statut administratif dans le système carcéral belge.

