Rokhaya Diallo face à Charles Alloncle : « On est dans le registre colonial »

Rokhaya Diallo face à Charles Alloncle, en médaillon

Crédit photo : Rokhaya Diallo et, en médaillon, le député de l'Hérault Charles Alloncle.

Rokhaya Diallo face à Charles Alloncle : le mardi 27 octobre 2026 au soir, sur BFMTV, la journaliste a répondu au député qui parlait d’un « comportement de sauvages » par une accusation lourde. « On est dans le registre colonial ! », lui a-t-elle lancé, avant d’exiger qu’il condamne les mots d’un autre élu.

L’échange a eu lieu dans « 100 % Mabrouk », l’émission de Sonia Mabrouk diffusée de 18h45 à 21h, qui recevait ce soir-là Édouard Geffray et Rokhaya Diallo. À l’écran, le bandeau posait une autre question : « Attentat de Trappes : l’union nationale impossible ? ». Le débat, lui, a glissé vers les pillages du 17 octobre et les mots pour les décrire.

Ce que Rokhaya Diallo a dit face à Charles Alloncle

Selon le compte rendu publié le 28 octobre par Boulevard Voltaire, tout part d’une expression du député. Quand Charles Alloncle évoque un « comportement de sauvages », la journaliste réplique aussitôt :

« De sauvages ? On est dans le registre colonial ! Mais quel rapport avec leurs origines ? »

Elle s’en prend ensuite au mot « hordes », qu’elle qualifie de « terme animalisant ». Dans l’extrait vidéo qui circule depuis le 28 octobre, elle fixe elle-même la limite du débat :

« Sauf quand les propos insufflent la haine. Je pense qu’il y a des propos avec lesquels on ne peut pas débattre. »

Puis elle repose la même question, plusieurs fois de suite : « Êtes-vous d’accord avec ces propos ou non, Charles Alloncle ? » Elle lui réclame un oui ou un non, sans autre réponse possible.

Rokhaya Diallo est journaliste et autrice d’une dizaine d’ouvrages sur le racisme, selon Politis. Le terrain qu’elle choisit est donc le sien : celui des mots et de ce qu’ils révèleraient.

Le député de l'Hérault Charles Alloncle
Charles Alloncle, député de l’Hérault.

Les mots de Nicolas Bay au Parlement européen

Les « propos » visés ne sont pas ceux du député. Ils viennent de Nicolas Bay, qui siège au Parlement européen dans le groupe ECR. Le 19 octobre 2026, lors d’un débat en séance à Strasbourg sur les manifestations du 17 octobre, l’eurodéputé a parlé en anglais de « hordes of thugs of foreign origin », soit des « hordes de racailles d’origine étrangère ».

Selon Agence Europe, la vice-présidente Katarina Barley, qui présidait la séance, l’a interrompu au nom du respect dû aux êtres humains et a annoncé qu’elle le signalerait à la présidente Roberta Metsola. Nicolas Bay a maintenu ses déclarations.

Rokhaya Diallo assure à Charles Alloncle qu’« il est dans votre parti ». Le député est élu de l’Hérault à l’Assemblée nationale sous l’étiquette UDR, le mouvement d’Éric Ciotti. Nicolas Bay, lui, siège à Strasbourg, dans un autre groupe.

La réponse du député : « il y avait des faits »

Charles Alloncle ne répond ni par oui ni par non. Dans la vidéo, il répète qu’« il y avait des faits » et renvoie aux éléments que les ministères de l’Intérieur et de la Justice doivent publier sur le profil des personnes descendues dans la rue.

Le député, rapporteur de la commission d’enquête sur l’audiovisuel public selon LCP, refuse le terrain où on veut l’emmener : celui du procès en racisme. Il ramène la discussion aux chiffres, que personne sur le plateau n’a encore.

Les pillages du 17 octobre, au cœur du débat

Le fond de la dispute tient à une journée. Le 17 octobre 2026, les manifestations contre le coût de la vie ont réuni 550 000 personnes selon le ministère de l’Intérieur, 800 000 selon les organisateurs. Elles ont tourné aux pillages dans plusieurs villes, et l’hôtel de ville de Limoges (87) a été incendié.

Les images de ces pillages du 17 octobre ont fait le tour des réseaux sociaux, et ce sont elles que le député décrit quand il parle de « sauvages ».

Six jours plus tard, le 23 octobre, l’attentat de Trappes et La Verrière (78) a frappé. Emmanuel Macron a parlé d’« un attentat terroriste raciste », et le parquet national antiterroriste a été saisi, selon franceinfo. C’est sous un bandeau consacré à ce drame que l’échange s’est tenu.

Rokhaya Diallo face à Charles Alloncle : le procès d’intention

Voilà le piège de la soirée. Un député décrit des pillards, et la journaliste y entend la voix du colon. Un eurodéputé d’un autre groupe tient des propos à Strasbourg, et c’est le député de l’Hérault qu’on somme de s’en excuser en direct.

L’attentat de Trappes est un crime que le chef de l’État a qualifié de raciste. Ce crime ne fait pas de chaque contradicteur un complice. Mêler ce drame à un débat sur les pillages pour disqualifier celui d’en face, c’est exactement l’outrance que le plateau disait vouloir éviter.

Rokhaya Diallo face à Charles Alloncle, c’était l’occasion d’un vrai débat sur ce qui s’est passé le 17 octobre : qui a pillé, combien, et ce que l’État compte en dire. La soirée s’est terminée sur une étiquette collée au député, et la question des pillages est restée sans réponse.

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