Face à un travailleur immigré, Jean-Marie Le Pen répond : l’archive qui fait mentir 40 ans de caricature

Un travailleur immigré en blouse blanche face à Jean-Marie Le Pen

Crédit photo : Le travailleur en blouse et calot blancs, face à Jean-Marie Le Pen, de dos à droite.

Un travailleur immigré en blouse blanche, une halle, et Jean-Marie Le Pen en pleine campagne. En 35 secondes d’archive, l’ancien président du Front national répond à une question simple : va-t-il mettre tous les immigrés dehors ? Une réponse que tout le monde croyait connaître sans jamais l’avoir écoutée.

La scène tient en une poignée de répliques. Elle dit pourtant l’inverse du portrait qu’on a fait de lui pendant 40 ans, celui d’un homme qui voulait chasser tous les étrangers sans distinction.

Ce que le travailleur immigré demande à Jean-Marie Le Pen

L’homme porte la blouse et le calot blancs des métiers de bouche. Il sourit, serre la main du candidat, puis pose sa question sans détour :

« À propos de l’immigration, qu’est-ce que vous voulez faire pour nous autres ? Plus tard, quand vous serez élus ? »

Derrière lui, ses collègues écoutent. Le travailleur immigré demande aussi au fondateur du Front national s’il compte les mettre à la porte. La question est directe, et la caméra tourne.

Une réponse qui fait le tri entre ceux qui travaillent et les autres

Jean-Marie Le Pen ne se dérobe pas. Sa réponse tient en deux phrases :

« Je vais renvoyer chez eux tous ceux qui foutent rien. Ceux dont le pays a besoin et qui sont en situation légale, il n’y a pas de raison qu’ils s’en aillent. »

Le critère n’est ni la couleur de peau, ni l’origine, ni la religion. C’est le travail et le respect de la loi. Face à lui, le travailleur immigré a sa réponse : celui qui travaille légalement en France n’a rien à craindre de son programme.

Ce discours-là, on l’a rarement entendu à la télévision. Pendant des décennies, Jean-Marie Le Pen a été présenté comme l’homme qui voulait renvoyer tout le monde. L’archive montre un candidat qui distingue, face caméra, entre ceux qui contribuent et ceux qui profitent.

Jean-Marie Le Pen, député européen, en 1994
Jean-Marie Le Pen, député européen, en 1994.

Ce que disaient vraiment ses programmes, de 1985 à 2007

La réponse de la vidéo ne sort pas de nulle part, mais elle ne dit pas tout non plus. Ses programmes ont toujours eu la même colonne vertébrale : la préférence nationale et le contrôle des frontières.

En novembre 1985, dans son livre programme « La France est de retour », Jean-Marie Le Pen liait le chômage à la présence des étrangers. Il réclamait la fermeture des frontières, le rapatriement des chômeurs étrangers et la priorité d’embauche aux Français, comme le rappelle le Journal de l’année 1986 de Larousse.

En 2002, l’année où il se qualifie pour le second tour de la présidentielle, son programme prévoit « le retour organisé des immigrés en situation irrégulière et la fin du regroupement familial », selon La Libre Belgique. La cible est claire : les clandestins, pas l’ouvrier qui travaille avec ses papiers.

Le 3 mars 2007, à Marseille, devant 2000 personnes, il durcit encore le ton et prône « l’immigration zéro », avec la préférence nationale, d’après Slate. Arrêter les nouvelles arrivées, renvoyer les irréguliers : son discours a toujours visé ces deux points.

Le travailleur immigré et la caricature

Entre sa réponse au travailleur immigré et ses programmes, la ligne est la même : celui qui est là légalement et qui travaille reste, celui qui ne respecte pas les règles repart. On peut la trouver trop dure. On ne peut pas la résumer à « tous dehors ».

C’est pourtant ce raccourci qui a servi pendant 40 ans, à chaque élection, pour faire barrage. Les archives racontent souvent un homme plus nuancé que sa légende, comme l’archive de 1989 où il parlait déjà de l’islam, à revoir dans notre article sur Jean-Marie Le Pen en 1989.

Jean-Marie Le Pen est mort le 7 janvier 2025, à 96 ans, selon Public Sénat. Il laisse derrière lui des milliers d’heures d’archives. Celle-ci tient en 35 secondes, et elle en dit plus long que bien des portraits à charge.

Une question qui reste d’actualité

Le débat n’a pas changé de nature. Faut-il distinguer l’immigré qui travaille de celui qui vit des aides ? À l’époque, poser la question suffisait à être traité d’extrémiste. Aujourd’hui, une large partie de la classe politique reprend la même distinction, sans jamais rappeler qui la formulait déjà, face à un ouvrier, devant une caméra.

Le travailleur immigré de la vidéo voulait savoir s’il avait sa place. La réponse était oui, à condition de travailler et de respecter la loi.

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