« Si le RN passe… » : une manifestante de Marseille affirme que les personnes de couleur ne pourront plus être avocat ou médecin

La manifestante de Marseille interrogée le 31 octobre 2026 sur le RN

Crédit photo : La jeune femme interrogée lors de la manifestation contre la vie chère, à Marseille, le 31 octobre 2026.

Elle n’imagine plus son avenir en France, à cause d’une mesure que le RN n’a pas proposée. Samedi 31 octobre 2026, une manifestante de Marseille a affirmé face caméra que, si le Rassemblement national arrive au pouvoir, les personnes de couleur n’auront plus le droit d’être avocat ou médecin.

Ce qu’a dit la manifestante de Marseille

La scène est tournée en marge de la manifestation contre la vie chère, l’« acte III » d’une mobilisation lancée par des Gilets jaunes, rejoints par des lycéens, des étudiants et des syndicats. Selon la préfecture, citée par ICI Provence, 10 000 personnes ont défilé à Marseille ce jour-là, dans une manifestation non déclarée.

La journée a dégénéré en fin d’après-midi : affrontements boulevard Chave, dans le 5e arrondissement, gaz lacrymogène, poubelles brûlées, puis dispersion au canon à eau dans la soirée.

Interrogée pour un micro-trottoir publié sur les réseaux sociaux, la manifestante de Marseille lance :

« Si le RN passe, sachez que les personnes de couleur n’auront plus le droit d’être avocat, d’être médecin ou d’avoir un métier à responsabilité, ce qui est très grave. »

Elle ajoute qu’elle n’imagine pas son avenir « dans un monde comme ça ». Puis elle défend le programme de la gauche, parle des classes trop chargées (« On est 35 dans des classes ») et reprend le « traverser la rue » d’Emmanuel Macron.

La phrase date du 15 septembre 2018. Ce jour-là, à l’Élysée, pendant les Journées du patrimoine, le président répondait à Jonathan Jahan, horticulteur de 25 ans au chômage : « Hôtels, cafés, restaurants, je traverse la rue, je vous en trouve ! », selon Paris Match.

Ce que le RN a vraiment proposé sur l’emploi

Les textes et les déclarations du RN de 2024 ne parlent pas de couleur de peau. Ils parlent de nationalité. Pendant la campagne des législatives de juin 2024, Jordan Bardella a présenté une mesure précise :

« Nous entendons effectivement réserver un certain nombre d’emplois stratégiques dans les secteurs notamment liés à la sécurité et à la défense exclusivement à des citoyens français. »

Les binationaux étaient visés. Marine Le Pen parlait de « quelques dizaines d’emplois très sensibles », avec un exemple : un dirigeant de centrale nucléaire franco-russe, comme le rapportait Public Sénat. Le 27 juin 2024, Sébastien Chenu avançait « environ 50 postes extrêmement sensibles », dont la liste devait être fixée par décret, selon Acteurs publics.

Jordan Bardella, président du Rassemblement national
Jordan Bardella, réélu président du RN le 24 octobre 2026. Photo : Thomas Bresson, CC BY 4.0, via Wikimedia Commons.

Aucun de ces exemples ne visait les médecins ou les avocats. Pour les avocats, le projet du RN pour l’administration allait même dans l’autre sens : il voulait leur ouvrir davantage la magistrature, par le « tour extérieur », d’après le détail publié par Acteurs publics.

La manifestante de Marseille a donc peur d’une mesure qui ne figure dans aucun des textes que le RN a présentés en 2024.

Une peur entretenue à 6 mois de la présidentielle

Le RN a tenu son congrès à Orléans les 24 et 25 octobre 2026. Jordan Bardella y a été réélu président du parti avec 98,98% des voix, six mois avant la présidentielle, selon Euronews. Marine Le Pen se prépare à être candidate.

Cette jeune femme n’a sans doute rien inventé seule. C’est le discours servi contre le RN à chaque élection : son arrivée au pouvoir signifierait la fin des droits des minorités. À force d’être répété, il finit par convaincre une manifestante que son futur métier dépendra de sa couleur de peau.

Les jeunes manifestants ont déjà fait parler d’eux cet automne, comme cette lycéenne face à Bruno Retailleau.

Le vrai débat confisqué par la rumeur

Les questions de cette jeune femme méritent pourtant des réponses : des classes chargées, des professeurs absents, des diplômes qui ne mènent pas toujours à un emploi. Ce sont les sujets de la manifestation du 31 octobre, celle de la vie chère.

Mais quand une rumeur remplace le programme, le débat n’a plus lieu. On ne discute plus du salaire, de l’école ou du logement : on défile contre un épouvantail. Et une génération risque de voter contre une menace qui n’existe pas, au lieu de juger les candidats sur ce qu’ils proposent vraiment.

Le RN porte des mesures que ses adversaires ont le droit de combattre. Encore faut-il combattre celles qu’il propose.

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