Jean-Marie Le Pen en 1989 : « L’islam me fait peur », l’archive qui refait surface

Jean-Marie Le Pen en 1989 sur le plateau d'« Aparté », sur La Cinq

Crédit photo : Jean-Marie Le Pen dans « Aparté », sur La Cinq, le 30 octobre 1989.

Le 30 octobre 1989, sur La Cinq, Jean-Marie Le Pen répondait aux questions de Pierre-Luc Séguillon en pleine affaire du foulard de Creil. Près de 37 ans plus tard, l’extrait refait le tour des réseaux sociaux, et ce que disait Jean-Marie Le Pen en 1989 se lit comme une chronique d’aujourd’hui.

L’émission s’appelle « Aparté ». L’Institut national de l’audiovisuel en conserve l’enregistrement complet, 5 minutes et 34 secondes. Le lendemain, le journal de 13h de La Cinq en diffusait déjà un extrait.

L’extrait qui circule sur X depuis le 19 octobre 2026 en garde une partie : la question sur le voile, puis la réponse du président du Front national sur l’islam. La copie publiée sur YouTube dure 2 minutes et 21 secondes.

Ce que disait Jean-Marie Le Pen en 1989 sur l’islam

Pierre-Luc Séguillon ouvre sur le voile à l’école. Il veut savoir en quoi le port du voile islamique « porte atteinte à la liberté des autres écoliers ». Son invité élargit tout de suite :

« Je crois que la religion islamique est une religion qui n’a jamais réussi à s’établir de façon pacifique dans un pays chrétien. »

« L’islam vous fait peur ? », relance le journaliste. La réponse tombe sans détour :

« L’islam me fait peur d’abord parce qu’il est en formidable expansion démographique et en formidable tension religieuse. »

Il précise aussitôt que « rien de tout cela n’est objectivement méprisable ». Mais il décrit « une force étrangère qui se constitue », animée « d’une volonté de conquête même inconsciente ». Son devoir d’homme public, dit-il, est de « protéger la France et les Français, les Européens et l’Europe des tentatives hégémoniques qui viennent de l’extérieur ».

« Chez elle ici, dans son espace historique »

Séguillon lui demande si le christianisme et l’islam se valent. La réponse ne laisse aucune place au doute :

« Il y en a une qui est chez elle ici, dans son espace historique, c’est la religion chrétienne. »

Il oppose ensuite une religion qui mêle le social, le politique et le religieux à une autre où cette séparation s’est faite. Puis il prévient : « la terre d’islam, c’est une terre sur laquelle s’applique la loi de l’islam ». Accepter ses signes en Europe obligera, selon lui, à des concessions de plus en plus nombreuses, jusqu’à imposer « les mœurs, les coutumes, le costume, mais encore et surtout le droit civil, la façon de penser ».

Jean-Marie Le Pen, député européen, en 1994
Jean-Marie Le Pen en 1994, député européen.

Creil, l’automne où tout commence

Le 18 septembre 1989, trois collégiennes sont privées de cours au collège Gabriel-Havez de Creil (60) parce qu’elles refusent d’ôter leur foulard. Le principal, Ernest Chénière, leur refuse l’accès à la salle de classe.

L’affaire devient nationale en quelques jours. Le 25 octobre, le ministre de l’Éducation nationale, Lionel Jospin, affirme que « l’école ne peut exclure ». C’est dans ce climat que parle Jean-Marie Le Pen en 1989, cinq jours plus tard.

Le 4 novembre, le gouvernement saisit le Conseil d’État. Son avis du 27 novembre estime que le port de signes religieux « n’est pas, par lui-même, incompatible avec la laïcité de l’école publique ». Le 3 décembre, à Dreux (28), Marie-France Stirbois, candidate du Front national, remporte la législative partielle avec 61,3 % des voix.

Le principal de Creil, lui, n’a rien oublié. Revenant sur l’affaire, il dit avoir « échappé à la mort ». Selon lui, c’est le roi du Maroc qui y met fin, en convainquant lui-même les familles de renoncer.

15 ans pour lui donner raison sur le voile

Il faudra attendre la loi de 2004 sur les signes religieux à l’école pour que la République tranche ce que le Conseil d’État avait laissé ouvert. Des années de débats, d’avis et de circulaires, pendant lesquelles la question posée à Creil n’a jamais quitté l’actualité.

En 1989, Jean-Marie Le Pen parlait déjà de « conquête », de « terre d’islam » et de « droit civil ». Depuis, c’est le législateur qui fixe la règle à l’école.

L’archive d’un homme qui parlait trop tôt

Jean-Marie Le Pen est mort le 7 janvier 2025, à 96 ans. Il a été combattu, moqué et diabolisé pendant des décennies, souvent sur ce terrain-là.

Pour ceux qui partagent l’archive aujourd’hui, ces 2 minutes suffisent. Les chiffres, les lois et les visages ont changé depuis La Cinq. Ce que disait Jean-Marie Le Pen en 1989, lui, n’a pas pris une ride, et chacun peut désormais l’écouter en entier, sans le résumé de ses adversaires.

Sur le même terrain : le maire LFI de Saint-Denis juge « légitime » de siffler la Marseillaise.

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