Un reporter de 100% Frontières tend son micro sur un trottoir. En face, un homme en bonnet noir le rend « responsable de tout ce qui se passe », puis lui jure qu’ailleurs il lui aurait « fait du mal ». La scène, diffusée par CNews le 29 octobre 2026, dure 28 secondes. Et ce reporter n’est pas le premier journaliste de Frontières menacé cette semaine.
En FRANCE, à visage découvert, tranquille, cet étranger menace de mort un Français !… pic.twitter.com/qRbfMYHALE
— Ch.LECHEVALIER (@ChLECHEVALIER) 29 octobre 2026
Ce que dit l’homme face au micro
Les images ont été tournées par l’équipe de 100% Frontières et diffusées par CNews. Sur le trottoir, l’homme en doudoune commence par une accusation : « Vous, vous le premier, vous êtes responsable de tout ce qui se passe. Tout ce climat de merde, vous êtes responsable ».
Puis vient la menace :
« Vous avez de la chance qu’on soit dans ce pays-là. Parce que je vous jure, sur tout ce que j’ai de plus cher, dans un autre pays, je vous jure, et je vous le dis sincèrement, je vous aurais fait du mal »
Vers la fin de l’extrait, il ajoute une phrase qui ne laisse aucune place au doute : « La prochaine fois, c’est pas lui que j’attaque, c’est vous. C’est vous, vous m’avez compris ? ».
CNews a fait de sa menace le titre de son article : « Vous avez de la chance d’être en France, dans un autre pays, je vous aurais fait du mal ». Le site de Jean-Marc Morandini en donne une version proche et parle d’une équipe « intimidée par des individus ». La chaîne présente la scène comme une habitude : « Comme de trop nombreuses fois ces dernières semaines, un journaliste de 100% Frontières a été pris pour cible par un passant ». Ni le nom de ce journaliste de Frontières menacé ni le lieu exact du tournage ne sont donnés.

Un journaliste de Frontières menacé, deux jours après Le Monde
Le 27 octobre, Guillaume Foucqueteau, journaliste de 100% Frontières, se rend devant la rédaction du Monde, dans le 13e arrondissement de Paris. Il vient interroger le quotidien sur une information parue dans ses colonnes : des « tracts du RN » qui auraient été retrouvés dans la voiture du tireur de Trappes (78).
Le procureur national antiterroriste, Olivier Christen, avait pourtant tranché dès le 26 octobre : « Je tiens à préciser qu’aucun tract d’un parti politique n’a été découvert dans son véhicule ». Le lendemain, le Rassemblement national annonçait une plainte contre le journal.
Devant le siège du quotidien, l’accueil est sans détour. Selon CNews, l’équipe « a été ciblée par des menaces et des insultes » : « Sale merde », « tu te barres d’ici ». Deux jours plus tard, la même rédaction compte un autre journaliste de Frontières menacé, face caméra cette fois.
Trappes, la semaine où tout s’est tendu
Ces scènes ne tombent pas du ciel. Le vendredi 23 octobre 2026, vers 10h30, des tirs éclatent à Trappes et à La Verrière (78). Pengo Bossio Wangi, 26 ans, est tué, et 5 personnes sont blessées. Le suspect, Kévin T., 39 ans, est visé par une enquête du parquet national antiterroriste, et Emmanuel Macron parle d’un « attentat terroriste raciste ».
Le 29 octobre, Kévin T. est déféré. Il dit n’éprouver « aucun regret », et le parquet requiert son placement en détention provisoire. Il reste présumé innocent jusqu’à son jugement.
Depuis, la colère cherche des responsables, et les journalistes sont en première ligne. Le 24 octobre, au rassemblement pour les victimes à Trappes, ce sont des équipes de BFMTV qui se font prendre à partie, selon Puremédias : « Honte à vous, vous avez du sang sur les mains ! ». Sur les plateaux aussi, le ton monte, comme lors du face-à-face entre Rokhaya Diallo et Charles Alloncle.
La liberté de la presse ne se trie pas
On peut aimer ou détester la ligne de Frontières. On peut trouver ses reportages orientés et ses questions dérangeantes. Rien de tout cela ne fait d’un reporter une cible.
Un micro tendu dans la rue reste une question, pas une agression. Y répondre par « je vous aurais fait du mal », c’est prétendre choisir qui a le droit de travailler en France, et à quelles conditions. La même règle vaut quand les équipes de BFMTV se font insulter à Trappes : un journaliste n’est pas coupable du crime qu’il raconte.
Le détail le plus frappant de la vidéo tient en une image. L’homme parle à visage découvert, face à la caméra et au micro, et il va jusqu’au bout de sa phrase. La menace ne se cache plus.
Une démocratie se juge aussi à la façon dont elle traite ceux qui posent des questions, surtout quand ces questions dérangent. Ce reporter de Frontières, menacé sur un trottoir, faisait son métier. L’homme en face a choisi l’intimidation, et il l’a fait devant une caméra.





