Jean-Luc Mélenchon veut une « limite à la propriété » et réquisitionner les mètres carrés vides

Mélenchon et la propriété privée, sur TF1 INFO

Crédit photo : Jean-Luc Mélenchon, candidat LFI à la présidentielle de 2027.

« La propriété privée est-elle inaliénable dans tous les cas de figure ou pas ? » La question de François Lenglet était simple. La réponse de Jean-Luc Mélenchon tient en un mot : « limite ». Sur Mélenchon et la propriété privée, l’extrait de l’émission « Pourquoi président(e) ? » de TF1 INFO, relayé le 25 octobre 2026, dit tout.

Le candidat LFI à la présidentielle de 2027 ne parle pas d’une réforme technique du logement. Il parle de la façon dont les Français voient ce qui leur appartient, et il annonce qu’elle doit changer.

Mélenchon et la propriété privée : « une liberté qui a sa limite »

Pour poser le décor, il convoque la Révolution. Dans les premiers débats de 1789, explique-t-il, « Robespierre par exemple, dit écoutez la propriété c’est comme tout le reste, c’est une liberté qui a sa limite ».

Puis il vise directement le lecteur propriétaire. Selon lui, les Français ont été « matricés » à distinguer ce qui est à eux et ce qui est aux autres, et l’on a « créé l’idée qu’il fallait posséder son logement ». Sa conclusion arrive sans détour :

« De dire la conception que vous avez de la propriété n’est plus supportable. Toutes les idées que nous nous sommes faites sur la propriété et ce qu’on en attendait, elles-mêmes ont été démenties. »

Réquisitionner les « mètres carrés vides »

Le projet concret suit. « J’ai bien l’intention de faire en sorte que d’une manière ou d’une autre, on puisse réquisitionner ces espaces », annonce Jean-Luc Mélenchon. Son exemple : les tours de La Défense, où il veut loger des étudiants.

« Je ne vais quand même pas regarder ces mètres carrés vides en disant, je ne sais pas où je vais réquisitionner. […] Donc, nous prendrons des mètres carrés là. »

Il résume lui-même l’esprit de la démonstration : illustrer « l’idée […] de la limite à la propriété, qui est une idée qui est mal supportée par ceux qui sont propriétaires de quelque chose ».

Jean-Luc Mélenchon, candidat de La France insoumise
Jean-Luc Mélenchon, candidat de La France insoumise.

Le petit propriétaire et son « violon »

Le passage le plus parlant concerne les propriétaires ordinaires. Jean-Luc Mélenchon prend un exemple chiffré : « comment vous dites à quelqu’un qui a acheté à un million que vous allez faire tomber le prix à 200 000 ? »

Il imagine la réponse de ce propriétaire, qui réclamera les 800 000€ perdus, et il la tourne en dérision : « chacun sort son violon, c’est un complément pour ma retraite ». Il concède que « les gens n’ont que des raisons honorables », avant de trancher : « il y a des choses qui ne pourront pas être supportées ».

L’héritage n’échappe pas à la démonstration. Il raille ceux qui répondent « ah non pas ma petite maison » dès qu’on parle de prendre l’héritage « au-delà d’une certaine somme ».

Ce que prévoit son programme pour 2027

Ces propos ne sortent pas de nulle part. Le plan logement du candidat, présenté au salon Batimat le 28 septembre 2026, prévoit de « réquisitionner les logements vacants » et de « limiter à 5 le nombre de biens transmissibles par héritage », selon SeLoger. Au-delà de ce plafond, les biens seraient réquisitionnés par l’État puis redistribués.

Le programme justifie la mesure par un chiffre : « 3,5 % des ménages possèdent plus de cinq logements et détiennent à eux seuls la moitié du parc locatif ». Entre Mélenchon et la propriété privée, la rupture est donc écrite noir sur blanc, jusque dans ce qu’une famille transmet à ses enfants.

L’idée n’est pas nouvelle chez lui. Dès janvier 2018, il réclamait déjà l’utilisation de la loi de réquisition des logements vides. Il défendait aussi un autre grand chantier, la refonte de la carte territoriale, avec ses écorégions qui supprimeraient les régions françaises.

Ce que dit déjà la loi

La réquisition existe déjà en droit français. Une ordonnance du 11 octobre 1945 permet au préfet de réquisitionner un logement vide pour un an, renouvelable, au profit de personnes mal logées. C’est une mesure temporaire, indemnisée, qui ne touche ni à la vente ni à la transmission d’un bien.

Le projet de Jean-Luc Mélenchon va beaucoup plus loin. La propriété n’est pas un droit comme un autre en France. La Déclaration des droits de l’homme de 1789 en fait, à son article 17, « un droit inviolable et sacré ». Le Conseil constitutionnel lui a reconnu pleine valeur constitutionnelle le 16 janvier 1982, dans sa décision sur les nationalisations.

Le Code civil, depuis 1804, la définit à son article 544 comme « le droit de jouir et disposer des choses de la manière la plus absolue, pourvu qu’on n’en fasse pas un usage prohibé par les lois ou par les règlements ».

Un choix de société

Entre Mélenchon et la propriété privée, les électeurs de 2027 auront donc à choisir. D’un côté, un droit que la Constitution protège depuis plus de deux siècles. De l’autre, un candidat pour qui la conception actuelle de la propriété « n’est plus supportable », et qui veut décider des mètres carrés à prendre et des héritages à plafonner.

Ceux qui ont emprunté pour s’offrir un toit savent désormais ce qu’il pense de leur « petite maison ».

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